Extraits — La Dernière Aventure de Penelope, Gabriel Ghostson

Trois extraits du Tome 1 de la saga Gabriel Ghostson, "La Dernière Aventure de Penelope", par M. JeanClaude — Londres, 1953.

Le Rasage — Gabriel & Penelope

Le lendemain, Gabriel s'apprêtait à descendre chez le barbier, au coin de la rue où vivait Penelope. Même s'il vivait à plein temps dans un cimetière, comme beaucoup d'hommes, il appréciait le rituel d'un rasage bien fait de temps à autre. Il allait mettre sa veste quand la voix de Penelope l'interpella depuis la salle de bains.

— Gabe chéri, tu pourrais venir un instant ?

Intrigué, il la rejoignit. Elle l'attendait, manches retroussées, près d'un tabouret de bois.

— J'allais justement me faire raser, énonça-t-il.

— C'est bien ce que je me disais. Et si, ce matin, je devenais ta barbière ?

Gabriel trouva la proposition aussi déconcertante que séduisante.

— Tu sais raser les barbes, Mada… Penelope ?

— Toute femme sait le faire. Sans doute avec davantage de douceur que les hommes.

Il haussa un sourcil, amusé.

— Très bien. Je te fais confiance.

Elle lui lança un regard enjôleur.

— Tu serais sans doute plus à l'aise sans ta chemise… suggéra-t-elle.

Gabriel obéit sans un mot, notant qu'il ne s'était encore jamais retrouvé torse nu dans un salon de barbier. Elle lui désigna le tabouret, puis se tourna vers l'étagère. Du bout des doigts, elle saisit le rasoir replié sur lui-même, déplia un cuir qu'elle fixa au crochet d'un placard, et commença à affûter la lame d'un geste lent et assuré. Elle perçut ses doutes.

— Rassure-toi, dit-elle sans se retourner, je connais les courbes de ton visage aussi bien que celles de ton corps. Je ne te couperai pas.

Ça fait trente ans que je connais ton corps, pensa-t-elle, consciente que l'intimité de leur couple n'existait que pour elle. Pour Gabriel, elle n'était encore qu'une quasi-inconnue.

Elle fit couler un mince filet d'eau chaude dans un bol en porcelaine, y déposa du savon à barbe, puis se saisit du blaireau et s'appliqua à monter la mousse. Gabriel, assis, à demi dénudé, suivait chacun de ses gestes.

— Penche un peu la tête en arrière, veux-tu ?

Il s'exécuta. Elle vint se placer derrière lui, posa ses mains sur ses tempes, puis drapa son visage d'une serviette chaude. La vapeur monta aussitôt.

— Gardons-la une minute. Ça va ouvrir tes pores.

La main gauche de Penelope maintenait le linge en place, tandis que sa main droite s'était posée sur le torse de Gabriel. La sensation pour lui était tout sauf anodine. Sa peau si froide s'échauffait bien vite, moins vite que ses pensées pourtant. Affolé par les réactions de son corps, il n'osa pas dire un mot.

Au bout de quelques minutes, Penelope retira la serviette. Elle se pencha vers Gabriel et effleura ses joues du blaireau. Ce tendre frottement, tiède et mousseux, le troublait. Sa respiration s'accéléra.

— Tout va bien, Gabe ? s'enquit Penelope d'un ton faussement innocent, tout à fait consciente de l'émoi qu'elle éveillait chez lui. Elle pénétrait avec gourmandise un territoire où aucune autre n'avait encore su demeurer bien longtemps.

Elle reposa le bol sur le rebord du lavabo, essuya ses mains sur une serviette sèche, puis saisit le coupe-chou.

— Ne bouge pas, lui intima-t-elle.

Elle s'approcha et posa sa main gauche sur la tempe de Gabriel. Elle s'attarda sur la petite tache de naissance en forme de croissant de lune, comme si elle saluait quelque chose de longtemps perdu et enfin retrouvé. Ses doigts glissèrent jusqu'à sa mâchoire, tirant la peau avec délicatesse. La lame, dans sa main droite, s'abaissa lentement vers la joue.

Gabriel sentit son cœur s'emballer. Ce n'était pas la crainte d'une entaille. Il s'interrogeait sur cette chaleur subtile qui se diffusait partout où les doigts de Penelope effleuraient sa peau.

Elle continua la première passe, dans le sens du poil, depuis la base de la patte jusqu'au creux de la mâchoire. Le crissement du rasoir sur la mousse était le seul bruit que l'on pouvait entendre.

Penelope avançait avec une lenteur délibérée. Sous la caresse du métal, Gabriel éprouvait une étrange sensation d'effeuil­lement, comme si chaque passage de la lame le mettait davantage à nu.

Elle changea d'angle, étira la peau sous l'oreille. Elle était si proche. Oserait-il la toucher ? Embarrassé, Gabriel ne savait plus où poser son regard. Ses yeux glissèrent sur le cou de Penelope, sur ses lèvres entrouvertes, sur son adorable mèche qui tombait devant son front, sur le sillon discret entre ses seins. Il se sentait en apesanteur. À sa merci.

La lame effleura le creux sous sa lèvre inférieure. Penelope posa brièvement ses doigts sur la bouche de Gabriel qui eut toutes les peines du monde à retenir un soupir.

— Tu trembles, constata-t-elle.

— Penelope…

— Chut, ordonna-t-elle tendrement. Laisse-moi finir.

Elle acheva la première passe en silence, puis rinça la lame dans un petit bol d'eau tiède. Gabriel avait du mal à retrouver une respiration régulière. Quelque chose, entre eux, avait changé de densité.

— Encore une fois, murmura-t-elle, les yeux brillants. Juste pour que ce soit parfait.

Elle entreprit la seconde passe, plus proche de la peau, plus lente encore.

Suspendu au rythme des gestes de Penelope, Gabriel n'était plus tout à fait certain d'être encore assis sur le tabouret ; il flottait entre fièvre et abandon.

Lorsqu'elle eut terminé, Penelope prit un linge propre et l'humidifia avant de le passer sur le visage de Gabriel, retirant les dernières traces de mousse. Le tissu était frais, au contraire de la chaleur qui continuait de monter en lui.

Elle prit un petit flacon de verre et en versa quelques gouttes dans le creux de sa paume. Une bouffée vive de citron s'en échappa. Elle tapota doucement le visage de Gabriel du bout des doigts.

— Ah… fit-il, pris de court.

— Ça pique ?

Elle se pencha, soufflant sur la joue, là où la lotion chauffait encore.

— Je crois que je ne m'en suis pas trop mal sortie, conclut-elle, caressant la tache de naissance en forme de croissant de lune.

Sa main s'égara sur la nuque de Gabriel. Elle savait qu'elle l'avait emmené là où elle le voulait. Avec un petit rire, mi-amusé, mi-triomphant, elle l'attira vers elle. Les lèvres de Gabriel hésitèrent un instant, puis se posèrent sur celles de Penelope avec une infinie lenteur. Pour lui, c'était leur premier baiser. Pour elle, c'était enfin le retour d'un amour qu'elle attendait depuis bien trop longtemps.

Le Retour — Penelope

Une fois le petit-déjeuner expédié, Penelope prit un autre black cab pour retourner chez elle. Elle aurait pu continuer à discuter avec d'autres journalistes pour grappiller davantage d'informations mais la chance lui avait fait croiser le chemin d'Amina, qui en plus d'être une amie, était une reporter sensationnelle — bien que peu reconnue dans ce domaine-là. Ça restait un monde d'hommes où elle avait du mal à se faire une place. Penelope en savait quelque chose.

Elle aurait perdu son temps à tenter d'en apprendre davantage : si Amina ne le savait pas, c'est que l'information ne pouvait pas être obtenue. Elle décida de rentrer. Une fois à l'appartement, il lui faudrait mettre au point avec Gabriel une stratégie pour enquêter. Pulcheria avait de l'argent : ses fils allaient donc y gagner quelque chose. Sa sœur aussi, peut-être ?

Elle régla la course et descendit du taxi, fit une courte pause devant la porte de son immeuble. Le matin était encore doux, l'air frais sans être froid. Difficile d'imaginer que dans cette rue banale de Primrose Hill, quelqu'un s'était fait arracher le cœur la veille. Tout semblait si normal. Sa main tremblait un peu lorsqu'elle poussa la porte de l'immeuble pour rentrer et s'engager dans le couloir.

Le parquet poli craquait comme d'habitude sous ses pas. Devant elle, là où la lumière cédait la place à l'obscurité, se trouvait l'escalier. En bois sombre, ses marches étaient marquées par les cicatrices du temps.

Ses yeux anxieux parcouraient les recoins sombres du couloir. Étrangement, le silence l'oppressait. On aurait dit qu'il faisait battre son cœur plus fort. Elle sentait une anxiété qui lui serrait la gorge à mesure qu'elle montait une à une les marches menant au premier étage. Elle n'avait pas à se sentir angoissée. Elle l'avait monté mille fois, cet escalier. C'était le matin, chez elle, dans un endroit qu'elle connaissait par cœur.

Par cœur.

On avait arraché à la victime son cœur.

Elle crut entendre un bruit, comme un miaulement. Un chat errant, peut-être ? Elle choisit de l'ignorer et continua.

Arrivée sur le palier où la tragédie avait frappé la veille, elle hésita. Elle observa la porte qui menait à l'appartement du drame, lui adressant comme un hommage silencieux.

Il n'y a pas pire souvenir que ceux que l'on se construit. Elle n'avait pas vu la scène du crime mais on venait de la lui décrire en détail et son imagination rendait insoutenable ce qui était déjà cauchemardesque.

Ses mains tremblaient toujours lorsqu'elle inséra la clé dans la serrure. Encore ce miaulement, craché cette fois, comme si le chat n'était pas content. Un feulement de rage.

Qu'est-ce qu'elle avait, cette porte à ne pas vouloir s'ouvrir ? Pourquoi cela prenait-il si longtemps ?

Ah, enfin ! Un soupir étouffé s'échappa de ses lèvres lorsqu'elle se précipita pour franchir le seuil de son appartement. La tension qui l'avait étreinte depuis qu'elle était entrée dans l'immeuble commença enfin à se dissiper. Elle verrouilla précipitamment sa porte et laissa derrière elle le sinistre couloir. Ses battements de cœur en folie reprirent progressivement un rythme plus normal.

Elle s'administra un sermon pas piqué des hannetons dans lequel elle se réprimandait vertement d'être aussi ridicule.

Elle gagna le salon, pressée d'oublier cet instant humiliant. Elle ne vit pas la poignée de sa porte d'entrée, heureusement verrouillée, s'abaisser lentement, sans un bruit… en vain.

— Gabe ? lança-t-elle en direction de l'autre pièce, une fois son sermon terminé.

— Oui, ma chérie ?

— Je suis de retour. J'ai des informations et des idées pour débuter notre enquête.

— Ça tombe bien, moi aussi.

Le Bar — Amina & Adonis

Amina poussa la porte du bar. Comme toujours, elle attira aussitôt l'attention de la plupart des hommes. Était-ce sa beauté métisse, ou bien sa tenue d'homme qui attirait les regards ? Vêtue d'un costume masculin, son pantalon ajusté soulignait ses courbes féminines. Sa veste assortie dissimulait mal une poitrine qu'elle s'efforçait en vain de cacher sous une chemise rayée et un gilet.

Elle avait passé sa matinée à éplucher la presse à scandale des derniers mois et avait fini par tomber sur la perle qu'elle convoitait : dans les pages mondaines, deux hommes dans la trentaine avaient été fréquemment photographiés en compagnie de Pulcheria dans divers bars à la mode, dont celui-ci, quelques jours à peine avant sa mort.

La chance semblait lui sourire : l'un des hommes qu'elle recherchait se trouvait là, seul, accoudé au comptoir. Devait-elle attendre qu'on l'aborde, ou prendre l'initiative ? Elle opta pour la prudence et s'assit sagement à quelques tabourets de distance. Elle lui adressa un sourire d'une timidité étudiée et attendit. Vingt secondes, quarante…

— Pardonnez mon audace : puis-je vous offrir un verre ?

Il y avait encore des hommes qui parlaient ainsi en 1953 ? Au moins il ne l'avait pas fait trop attendre.

— Pourquoi pas ? Un gin tonic. Et le prochain sera pour moi.

Ses yeux pétillèrent d'une lueur malicieuse lorsqu'elle accepta la boisson qu'il lui tendait.

— Un gin tonic pour augurer d'une soirée prometteuse.

— Amina Smith. Mais appelez-moi Amina.

— Trevor. Enchanté, Amina.

Elle laissa passer un moment, le détaillant avec un air faussement charmé.

— Une de mes amies a été prise en photo avec vous, ici même.

— C'est bien possible, concéda le jeune homme. Beaucoup de tabloïds envoient leurs reporters dans ce bar.

— C'est ma première fois ici, Trevor. L'endroit est magnifique. On ne se croirait plus du tout en Angleterre, mais dans le gai Paris !

— Paris, lança Amina. Les Françaises semblent jouir d'une liberté dont nous ne bénéficions pas encore, nous autres, au Royaume-Uni. À Londres, il est jugé inconvenant qu'une femme aborde un homme… À Paris, cela semble être la chose la plus ordinaire du monde.

— Ici aussi ce soir, pas vrai ? demanda Trevor dans un sourire malicieux. Quelque chose me dit que vous êtes venue ici avec d'autres intentions qu'une simple immersion parisienne.

Amina inclina la tête, continuant à feindre une séduisante admiration pour le bel inconnu. Elle prit une gorgée de son gin tonic, laissant un peu de suspense planer avant de répondre.

— Vous êtes un petit futé, Trevor. En effet, je suis ici pour recueillir des histoires, des récits de vies. Je suis journaliste.

Les yeux de Trevor brillèrent d'une lueur d'admiration qui, elle, n'était pas feinte.

— Je suis tout ouïe, Amina. Captivez-moi avec les mystères que vous avez déjà révélés au monde.

Elle s'approcha, comme si elle s'apprêtait à lui révéler un grand secret.

— Très bien. Prenons mon amie Pulcheria, par exemple. Une femme d'une intensité rare. Elle aimait s'entourer de personnes charmantes. Des personnes comme vous, Trevor.

Un léger changement dans l'expression de Trevor indiqua sa surprise.

— Pulcheria, vous dites ? Je la connais bien. Une femme exceptionnelle, pleine de vie.

— Oui, elle avait une passion pour la vie que beaucoup envieraient. Elle possédait une énergie hors du commun.

Trevor sembla hésiter.

— Pulcheria est amie avec tout le monde ici. Des jeunes, des moins jeunes. Je ne suis pas de ses intimes. Nous ne sommes que des connaissances occasionnelles, pas des amants que le destin semble condamner à des rencontres éphémères.

Il la dévorait des yeux.

Amina réfléchit à toute vitesse. Trevor persistait à lui répondre au présent alors qu'elle employait le passé. Il ne savait rien du décès de Pulcheria ! Elle enchaîna :

— Quel dommage : les relations éphémères sont souvent les meilleures. Pulcheria vouait, voue, pardon, une passion presque coupable à deux danseurs que vous connaissez peut-être ? Elle ne tarit pas d'éloges à leur sujet.

Trevor inclina la tête en éclatant de rire.

— Ah, je vois. Oui, il est probable que vous parliez de moi et de mon ami Edward. Je suis un excellent danseur. Et Pulcheria est une excellente partenaire… de danse, insista-t-il. Je suis un gentleman, et je préfère garder les détails de mes rencontres privées… et bien, privés, même pour une charmante journaliste comme vous.

Amina sourit, cette fois de façon plus sincère.

— Je comprends parfaitement. Merci pour le verre, Trevor. Je vais poursuivre mon investigation. À plus tard.

Sur ces mots, elle s'éloigna, le laissant à ses pensées. Elle ne le reverrait plus. Le jeune homme n'avait rien de spécial à dire, il ne savait même pas que Pulcheria était morte.

Elle se rapprochait de la porte. Un homme d'une élégance tranquille, vêtu d'un costume parfaitement coupé, sur mesure, se tenait nonchalamment près d'une table. La perfection de ses traits frisait la caricature. Ses cheveux en bataille lui donnaient un air romantique. Il dégageait une aura de séduction attisant le désir sans faire le moindre effort.

Presque malgré elle, les yeux d'Amina commencèrent à glisser sur la silhouette de l'étranger. Il la vit faire, décida de ne rien laisser paraître, et la laissa le dévorer des yeux à sa guise, tout en observant la clientèle en fumant.

Très bien habillé, le mystérieux inconnu donnait pourtant à Amina l'impression saugrenue qu'il n'avait rien sur le dos. C'était comme si elle pouvait voir à travers le tissu de son costume.

Amina se mordit la lèvre inférieure. À ses oreilles les notes fluides se muèrent peu à peu en une mélodie insistante, l'emportant vers un trouble qu'elle ne chercha pas à nommer. Les courbes des muscles de l'inconnu créaient un paysage corporel qui l'affolait. Les ombres dansaient sur son torse au modelé parfait, ni trop puissant ni trop fluet.

Les yeux d'Amina dardaient une faim qui aurait détrôné en impudeur les poèmes les plus érotiques de Penelope. La musique monta d'un ton, la mélodie passa de caressante à enivrante. Le moindre geste de l'étranger dégageait une insoutenable sensualité magnétique, depuis le balancement nonchalant de ses hanches jusqu'au glissement distrait de ses doigts le long de sa manche.

Le rythme s'accéléra, les notes suivaient le souffle de la respiration désormais haletante d'Amina. La musique ne jouait plus : elle criait un crescendo dégoulinant de luxure. On n'était plus dans un conditionnel mais bel et bien dans un impératif : explorer le territoire de la chair.

Il lui fallut un effort surhumain pour s'arracher à la contemplation de l'inconnu et quitter le bar.

La surprise d'Adonis, le bel étranger, était totale : cette jeune femme devait avoir une volonté exceptionnelle. Un peu comme Penelope. Incrédule, il la regarda partir sans se retourner. Son repas s'échappait. Rares étaient les simples mortelles qui avaient échappé au mirage d'un arnacœur aussi chevronné que lui.

— Ouh là là, ça chauffe ! Je me trompe ou elle lui a reluqué les fesses ? Quelle coquine, cette Amina ! Dans la foulée, enfin une scène où le corps de l'homme est utilisé comme objet de désir. Faites le plein, Mesdames, ce n'est pas tous les jours.

— En même temps, Adonis est un arnacœur : il n'est pas là pour vous vendre du mimosa. Leur fonds de commerce, ça reste le désir.

— Elle a bien fait de se tirer, la petite Amina. Avec eux, c'est toujours pareil. Ça commence super bien et elles finissent toutes avec l'âme dévorée.

— Ben il faut bien qu'il mange…

Gabriel Ghostson — illustration
Couverture — La Dernière Aventure de Penelope
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