JANVIER 2026
Il y a des soirs où l'auteur en devenir que je suis est fatigué de chercher des idées pour mettre en avant son œuvre. Encore une vidéo short qui scintillera, du moins dans mes rêves, sur les réseaux sociaux. Le râteau de la communication doit être large. Ce qui ne m'empêche pas de m'en prendre, des râteaux. Je sais que Winston Churchill disait : « Allons d'échecs en échecs jusqu'à la victoire. » mais tout de même...
Donc, un soir de blues où je regardais les ventes de mon livre tourner à trois par semaine, des outils informatisés m'ont appris que toutes mes coûteuses campagnes en ligne n'avaient qu'un impact plus que limité sur lesdites ventes. Je finissais par me dire : à quoi bon ?
C'est quand on est dans les trous les plus sombres que vient la lumière. Pas sous la forme d'une vente miraculeuse, non : j'ai reçu un email. Il était 23h00, soit 4h00 du matin en France, heure étrange pour envoyer un email, du moins si l'on est humain. L'email en question venait d'une certaine Anne, « Author Growth Consultant ». Elle m'écrivait en français mais terminait en anglais. Pourquoi pas. La dame en question avait visité mon site. Elle avait lu mes avis Babelio. Elle me parlait de mon « univers », de ma « profondeur narrative ».
Allez, on lâche la bombe : je suis prof. Et tous les profs sont, de nos jours, submergés par des flots de texte provenant de leurs élèves, qui croient avoir parfaitement maîtrisé l'usage de l'intelligence artificielle et nous pondent des thèses dignes d'un doctorat pour de simples devoirs qu'ils ne lisent même pas. Grâce à eux, nous sommes devenus, par exposition constante, des experts intuitifs de la détection d'IA. Au fur et à mesure que je lisais, mon cerveau faisait ding, ding, ding à chaque passage qui ne pouvait pas venir d'un être humain. Toutes ces merveilleuses recherches faites pour me découvrir avaient été automatisées.
Vous allez me dire : en quoi ça vous a remonté le moral ? Que la dame existe ou pas, qu'elle ait fait ses recherches et son texte par IA ou pas, qu'elle ait lu le livre ou pas, à ses yeux, j'étais un vrai écrivain ! Je ne poste pas dans le vide sur les réseaux sociaux et je n'apprends pas à intégrer SEO et GEO sur mon site pour rien. À défaut d'être remarquable, je suis remarqué. Scribo, ergo sum, comme dirait (presque) Descartes.
Pour cette dame qui avait quelque chose à me vendre, j'étais un prospect plausible. Il est simplement regrettable que son texte, qu'elle percevait sans doute comme très humain et si bien renseigné, soit adressé à un prof surexposé aux IA. À force de poster des vidéos CapCut, on finit par être suffisamment visible pour qu'un robot bien informé, ou quelqu'un qui lui ressemble beaucoup, vous envoie un email flatteur en pleine nuit.
Vive moi : j'ai découvert le vrai succès de l'autoédition en 2026 : pas de vendre des livres, mais de devenir assez intéressant pour ceux qui vendent du conseil aux auteurs qui ne vendent pas assez de romans.