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Mai 2025

MAI 2025

Ce n'est pas facile de faire vivre en trois dimensions un personnage de papier qui n'en a que deux. Il y a quelque chose qui manque. Et je ne parle pas d'une dimension. Un personnage commence d'abord à vivre dans ma tête. Les idées qui me viennent ont toujours un sens... jusqu'à ce que je les couche sur papier ou écran. Là, une multitude de petits détails trouble l'eau cristalline de ma création. Il y a plus de trous que dans un gruyère.

Alors, comment on donne de la crédibilité, de l'épaisseur, de la plausibilité à un personnage ? La réponse honnête c'est qu'on ne le fait pas. Ledit personnage prend tout ça, tout seul.

Un personnage naît toujours plat, parce qu'il naît d'un archétype. Au tout début, il n'est qu'un élément de l'histoire. Il est là pour la pousser dans le sens du poil. On détermine ce qu'il doit faire dans l'intrigue, ce qu'il doit représenter. À chacun son boulot. Moi j'écris, lui il est là et il sert l'histoire.

Sauf que voilà, quand on peaufine un peu sa prose, surgit la question : Et si ? Et si la mère adoptive était aimante, mais aussi sarcastique et une terreur monstrueuse la nuit ? Si le fantôme était gentil et terriblement bavard ? Si le héros ne prenait pas toute la place et laissait briller sa comparse, qui sortirait de son rôle de faire-valoir ?

C'est toujours un moment formidable lorsque le personnage cesse de servir l'histoire et commence à s'en servir pour la pousser dans sa direction à lui. Il y a des tremblements de terre et, émotionnellement parlant, des tremblements de page. Au fur et à mesure des nouveaux mots, le personnage échappe à son archétype et prend un tournant qu'on n'avait pas imaginé au début. Il commence à s'écrire et non plus à être écrit.

Tobias ne m'a intéressé que le jour où sa froideur a cessé d'être une posture pour devenir un bouclier, quelque chose qu'il utilise pour se protéger, protéger quelqu'un d'autre ou cacher quelque chose. Trois possibilités. Je choisis la première, la deuxième ? Les trois à la fois ? Oui, c'est bien plus marrant.

Pourquoi Nigel était-il si bavard ? Oui, c'est un marque-page fantomatique qui nous transbahute d'un chapitre à l'autre. Oui, c'est aussi le ressort comique d'un récit qui sans lui serait trop sombre. Nigel n'est devenu vivant que lorsque son bavardage a cessé d'être uniquement un trait comique pour se révéler une terreur du silence. Pas mal pour un mort.

Quand j'ai enfin compris où le personnage va et ce qu'il veut, je remonte, tout heureux, les chapitres et je parsème mon récit en montrant, jamais de façon trop évidente, ce qu'il m'a murmuré de ses secrets. Je laisse au lecteur le plaisir de reconstituer au fil des pages l'ambiguïté suggérée.

La troisième dimension arrive au moment précis où le personnage cesse d'obéir. Ça ne se force pas. Mais quand ça vient, sur un papier tout plat, sortent alors des montagnes.

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