MARS 2025
La dernière aventure de Penelope est en cours de traduction en portugais du Brésil et en anglais britannique — vive la Reine.
Que vous dire, sinon ma fascination pour les différences et les similitudes entre les langues. On a coutume de dire que traduire, c'est mentir. Les grandes lignes demeurent inaltérées, et elles sont faciles à exprimer. Les détails font la différence — les métaphores, les expressions imagées, la manière de décrire et de « sonoriser » les émotions. Voilà un chantier qui demande de la rigueur. Il m'a fallu de l'aide.
Il ne pleut pas plus de chats et de chiens en Angleterre qu'en France, pourtant, si vous lui tenez ce discours, un Britannique vous répondra que demain on aura un peu de soleil, alors qu'un Français va appeler le SAMU pour vous faire interner. Pour lui, il pleut des hallebardes et des cordes.
Plus délicat : les accents, et les manières locales de décrire, qui leur sont souvent liées. En France, on distingue de façon assez marquée le Nord et le Sud, à Marseille « degun » c'est « personne ». Voilà qui aurait rendu perplexe même ce petit futé d'Ulysse. L'un de mes personnages, le sémillant Nigel, fantôme (trop) bavard de son état, est marseillais dans la version française — on ne se renie pas. Le voilà cockney dans la version anglaise, et carioca dans la version brésilienne. Les trois ont ce côté proche du peuple qui caractérise leur façon de définir le monde. Marseillais, Cockney et Carioca partagent la même essence. Je le sais, j'ai passé plus d'une décennie avec chacun de leurs représentants.
Bon sang, serais-je un sociolinguiste qui s'ignore ?
Viennent ensuite les pointes d'humour. Il m'a fallu dix ans en Angleterre pour comprendre l'humour de la perfide Albion, et rire en même temps que les Anglais lorsqu'un comédien sortait une remarque spirituelle et non dix minutes après. Je peine encore en portugais. Si l'orateur va trop vite, je rirai demain. On rit moins en exil linguistique, et c'est normal.
Traduire ces parties exige l'expertise d'un orfèvre des langues, ou alors beaucoup de temps et de détermination. L'humour est le plus souvent intraduisible. On ne peut pas exactement faire rire des mêmes choses, ni avec les mêmes techniques. « Peter Piper picked a peck of pickled peppers », c'est infiniment plus bidonnant que « Pierre Piper a cueilli un picotin de piments marinés ». En français, on lève les yeux au ciel en se demandant en quoi ça pourrait être marrant alors que les Anglais sont morts de rire.
Mais revenons à nos moutons (et là, je vois nos amis Brésiliens et Britanniques se gratter le crâne en cherchant où sont lesdits moutons). Traduire, ce n'est pas mentir, c'est courber la représentation du monde en la codifiant différemment, de façon à la rendre culturellement compréhensible, ou du moins acceptable, à votre audience.