SEPTEMBRE 2025
C'est quoi un trope ?
Je connaissais la profession d'anthropologue, je savais aussi ce qu'est un misanthrope. Mais un trope tout court ? Et là, au détour d'un blog littéraire, j'apprends que notre monde est à ce point policé que la création elle-même est codée. Nos plumes et nos claviers ne sont pas libres mais doivent forcément s'auto-brider. On se doit, si j'ai bien compris, de contribuer à formater le lecteur pour qu'il réponde favorablement aux attentes du marché littéraire. L'urban fantasy doit comporter ça, ça et ça. La romance ça, ça et ça. Et que les divinités des arts protègent celui ou celle qui aurait l'outrecuidance de sortir des sentiers battus et rebattus où l'on rabat les lecteurs abattus par tant de codification rébarbative. Vous sortez des clous ? Le verdict est sans appel : on ne sait pas dans quelle case vous ranger.
L'art est une extension de la vie. L'idée de coller sur le front des gens qui passent des étiquettes pour les cataloguer est vaguement insultante. Un être humain est la somme de tant de choses : comment une simple étiquette pourrait-elle le résumer ? Si on part du postulat que les histoires sont écrites par des humains pour être lues par des humains et qu'elles parlent d'autres êtres tout aussi humains, pourquoi — et surtout comment — coller de force des étiquettes qui ne seront qu'une approximation de ce que l'œuvre va apporter à sa petite échelle aux lecteurs ?
Vous me voyez venir avec mes très gros sabots. La Dernière Aventure de Penelope était de nouveau prête à être distribuée, alors il a fallu la genrer, la qualifier, l'insérer dans un carcan forcément limité pour que les instances qui la commercialisent s'y retrouvent.
Et une fois qu'on a approximé ce fameux genre, vient la collection de tropes qui va avec et qu'il faudrait fournir pour ne pas décevoir les lecteurs. Ah bon ? Je ne peux parler qu'en mon nom mais en tant qu'humble lecteur, j'adorerais être surpris, amené loin des mêmes ornières. Je ne pense pas être le seul. Je ne me suis pas affranchi de ces fameux tropes : quand j'ai compris le système, je me suis rendu compte que j'en avais utilisé quelques-uns pour donner une ossature à mon histoire. Mais point. Je n'ai pas voulu, à tort ou à raison, l'histoire le dira, me limiter aux tropes que je devais inclure. Penelope est vivante et tout le petit monde des morts-vivants de Castle Hill aussi.
Ils sont beaucoup trop remuants pour être réduits à une simple troupe de tropes.