AOÛT 2025
Il y a des personnages qui sont des actes manqués. Nocturne appartient à cette catégorie.
C'est le molosse spectral de l'un des résidents les plus ronchons de Castle Hill — inutile de préciser lequel, le maître est moins important que le chien. Je fais sporadiquement apparaître Nocturne au cimetière, où son maître fait du gringue à Anabelle en lui offrant son sourire merveilleusement édenté — ce que Tobias, pourtant froid comme la banquise mais grand connaisseur en matière de canines, trouve hilarant.
Comme tous mes personnages, même les plus secondaires, Nocturne et son maître ont eu droit, dans ma tête, à leur mini-genèse : ce qu'ils auraient voulu obtenir de leur vivant, ce qu'ils cherchent dans leur mort, et un bon petit conflit intérieur pour que la sauce ait du goût. Celui de Nocturne tient en peu de phrases : être attaché à Gabriel, au point de vouloir le suivre partout comme n'importe quel bon toutou. Seulement voilà, un molosse aux os partiellement visibles ne fait pas facilement ami-ami avec le premier passant venu. À moins d'être Gabriel, on ne joue pas à lancer le bâton à une carcasse qui aboie et traverse les murs, ce que Nocturne ne comprend pas, lui qui est si amical. À tout ça se rajoute que le vrai maître de Nocturne ne voit pas la nature généreuse de son chien d'un bon œil, lui qui veut simplement et égoïstement son chien à ses pieds en permanence.
Nocturne est malheureusement un bon chien obéissant, loyal envers son vrai maître qui, lui, ne se soucie pas plus de son chien que des vivants. Et cette loyauté-là, noble mais mal placée, est précisément ce qui l'a empêché de rejoindre un monde meilleur : il reste à hanter le cimetière pour tenir compagnie à celui qui ne le regarde même pas. Un bon toutou fidèle jusque dans l'au-delà.
Il y avait de quoi faire, n'est-ce pas ? Je ne désespère pas de donner à Nocturne une place, à défaut de soleil, sous la lune. Le tome 4, peut-être, pourrait lui tendre les bras, ou les pattes. Tant que c'est pas la gueule. Je m'impose, voyez-vous, une limite dans la création, et je la justifie : moi, je m'y retrouve très bien dans ma galerie de fantômes, de vampires et de banshees. Le lecteur, peut-être un peu moins. Trop de personnages, ça ne desservirait que ma clarté et ne créerait que de la confusion.
Alors, au fil des corrections successives, pour rendre mon récit un poil plus digeste, Nocturne n'a gardé que son nom mentionné et, de loin en loin, une apparition. Un sort somme toute assez approprié, vous en conviendrez : c'est après tout un chien fantôme.