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Octobre 2025

OCTOBRE 2025

Il y a de nombreux détours possibles dans la vie mais deux sens uniques : notre naissance et le moment de notre dernier souffle. Pas de retour en arrière... la plupart du temps. Car à Castle Hill, certains habitants n'ont pas compris qu'ils n'avaient plus grand-chose à faire ici-bas à part hanter les corridors, et restent accrochés au monde comme une moule à son rocher, quand presque tout le monde s'en va à un moment ou à un autre.

Ça ne me semblait pas particulièrement charbonneux comme philosophie de départ, mais on trouve parmi mes bêta-lecteurs un esprit ou deux — elle est facile, je sais — enclins à clouer toute histoire imaginaire à des fonds de vérités physiques et ordinaires. La question qui revenait le plus, après « Est-ce que Gabriel est un fantôme ? », était : « Pourquoi les fantômes restent ? Qui décide ? »

D'abord, comme vous le dirait Nigel, ils ne restent pas : ils reviennent. Un fantôme à Castle Hill est un revenant, un être autrefois vivant, avec une âme. Comme tout être vivant, il finit par s'éteindre. Seulement voilà, dans son cas la bougie est trafiquée, et une fois éteinte, elle se rallume. Le trépassé fait l'aller-retour.

À Castle Hill, on ne reste pas parce qu'on a péché, ni parce qu'on a une dette à payer, ni même parce qu'on a assassiné ou été assassiné dans d'atroces souffrances. On reste parce qu'on n'a pas terminé.

Prenez Pétunia. Elle a perdu ses enfants dans des circonstances traumatisantes. Elle donnerait tout pour les revoir, mais sa culpabilité l'en empêche. Elle se punit en restant de ce côté de la barrière. Elle n'en finit pas de se punir. De plus, elle n'a pas terminé de s'occuper de Gabriel.

Prenez Nigel. Lui, il ne vivait que pour faire des farces et casser les oreilles de son entourage. Pourquoi ça changerait ? Il parle, il parle encore, il parlera toujours, parce qu'il a encore tellement de choses à dire. Un jour viendra le silence. Ça n'a pas l'air pour demain.

Prenez Tobias... Non, ne prenez pas Tobias. Avec lui, on ne sait pas comment ça s'allume sous le capot.

Alors non, ce ne sont pas des âmes damnées. Ce sont des âmes inachevées. Et c'est là toute la nuance : ils « vivent » Castle Hill comme une malédiction ou un purgatoire.

Ceux qui partent, eux, ont eu cette chance improbable : quelqu'un, un jour, leur a donné ce qu'ils cherchaient. Pas la rédemption, pas le pardon divin — j'ai essayé, je n'arrive pas à être aussi pompeux. Juste quelqu'un qui les a enfin regardés, écoutés, ou aimés, une seule fois, assez fort pour que le compte soit soldé. Plus besoin d'espérer ici-bas.

Je trouve ça d'une tristesse enivrante, cette idée que l'au-delà ne refuse que les cœurs affamés et les âmes déjà tourmentées, et accepte ceux qui ont fini par être rassasiés par la vie — même un tout petit peu, même une seule fois.

Comme dans toutes les règles, il y a des cas particuliers. Et non, je ne parle pas de Gabriel. Il n'est pas complètement mort... ni complètement vivant. Prenons Nocturne. Un bon gros toutou fantôme, fidèle jusqu'à l'os à un maître qui ne lève jamais les yeux sur lui. Nocturne ne hante pas le cimetière par malédiction. Il est le seul qui y reste parce qu'il le veut.

Tout Castle Hill regarde Gabriel comme la clef qui les délivrera de ce purgatoire sur Terre. Qui sait s'ils ne regardent pas tous dans la mauvaise direction ?

Et vous, si on vous donnait le choix ce soir : qu'est-ce qui vous retiendrait encore ici-bas ?

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