MAI 2025
Et si, pour une fois, je mettais un peu de vie dans mon post pour changer ? On a beau aimer le salé, un peu de sucré de temps à autre ça ne fait pas de mal. On va faire comme chez le psy et installer Gabriel sur le fameux divan.
Le brave garçon a trente ans — du moins c'est ce que l'on croit. Il a passé la plus grande partie de son existence dans un cimetière, élevé par une banshee, un vampire et une joyeuse kyrielle de fantômes. Qui est-il ? D'où vient-il ? Pourquoi a-t-il été abandonné dans ce cimetière-là et pas un autre ?
Armez-vous de patience. Les réponses arrivent au compte-goutte. C'est voulu, je vous rassure, pas une défaillance de l'auteur... en l'occurrence, moi.
J'ai découvert l'écriture avec l'enthousiasme maladroit du néophyte inspiré, plein d'étoiles dans les yeux. Ma première version n'ayant pas eu le succès escompté, j'ai beaucoup étudié la question de l'attention du lecteur. Il semblerait, si j'ai bien compris ce qu'on m'a expliqué et mis en pratique, que l'être humain se retrouve accroché par deux principes d'une simplicité mais alors désarmante : la curiosité et la frustration.
Au départ, il va falloir travailler d'arrache-pied pour faire entrer le lecteur dans notre petit monde fictif. Pour cela, on pique sa curiosité sans lui fournir toutes les réponses, et hop, lorsque le poisson se décide à nager, il va se perdre dans mes jolis filets. Et la balade commence. Plus on joue les fous du volant, mieux c'est. Ne pas trop expliquer, faire confiance à l'intelligence du lecteur pour connecter les points.
Croyez-le ou pas, ça a été le plus dur pour moi. Vingt-sept ans passés à expliquer en classes de différentes manières les mêmes principes m'a plutôt conditionné à surexpliquer tout ce que je mettais en place. Mauvais. Le lecteur doit se demander : « Mais pourquoi ? Mais comment ? » L'adrénaline doit prendre le volant.
Et quand il est enfin avec nous, le lecteur que l'on courtise tant, on coupe brutalement. Le cliffhanger est notre meilleur ami. Les soaps anglais et les novelas brésiliennes ont construit des franchises entières sur ce principe. Difficile de leur donner tort. Si ça marche pour eux...
Ça paraît simple. Ça ne l'est pas. Le poisson ne vient pas se ferrer tout seul au bout de la ligne : il va falloir titiller un bon moment. Mais bon, 63 livres vendus (ce soir, en deux mois et en toute fausse modestie) plus tard, je pense en toute naïveté et candeur avoir trouvé une partie de la formule. J'ai encore du pain sur la planche mais Rome ne s'est pas faite en un jour... et CastleHill non plus.