MAI 2026
On me demande de temps en temps : « Alors, combien ça t'a encore coûté cette idée ? » Parce que débuter une série de cinq tomes où les thèmes se mélangent, lorsqu'on a soixante ans dont plusieurs passés dans tout autre chose que les livres, ça peut faire sourire. On a naturellement tendance à mettre les gens dans des cases ; c'est tellement plus confortable de résumer une personne à deux lignes que de prendre en compte les multiples facettes des diamants bruts que nous sommes.
Pourquoi devrions-nous être limités à quelques fonctions ? Pourquoi, à un certain âge, démarrer une autre activité fait sourire et n'est pas pris suffisamment au sérieux par les autres, alors qu'elle monopolise tant de notre temps et, accessoirement, nous apporte le plaisir indicible de créer ? Après tout, on a tous plusieurs étiquettes. Tiens, en voici quelques-unes : homme, dessinateur, père, yogi, céramiste, grand-père, professeur, créateur de contenu, divorcé, étudiant, soixantenaire, chef de service, voyageur, pâtissier. Une de plus, écrivain, ne change pas grand-chose au cocktail.
Sauf que, en auto-édition, on n'est jamais uniquement écrivain. En fait, écrire, ce n'est que la partie visible de l'iceberg. Une partie passionnante, artistique et délicieusement compliquée lorsque tu te retrouves à défendre tes idées et ta forme de communication face à un alpha-lecteur qui a son propre mode de communication, ses propres vérités et ses propres appréciations — mais une partie seulement.
J'ai eu la chance d'exercer plusieurs métiers dans des pays différents où la culture changeait les attentes et la manière de procéder ou de communiquer sur ces processus. Je sais naviguer et m'adapter. Pourtant, je n'étais pas prêt pour le monde de l'auto-édition.
On écrit, on corrige, on met en page, on conçoit la couverture, les illustrations. On évalue et on recommence.
On propose à des gens de confiance de vous suivre dans cette aventure, on anime, on sollicite, on convainc, on recueille idées et ressentis, on rédige. On évalue et on recommence.
On cherche les moyens de sortir du lot, de se différencier, d'être un unique plutôt qu'un autre. On pense latéralement, on crée, on partage, on commente. On évalue et on recommence.
On cherche à divulguer, on contacte des gens de bonne volonté, on découvre de nouveaux moyens électroniques de communiquer et les codes qui vont avec. On apprend comment les utiliser au mieux (il y a pas mal de règles cachées qui vous font perdre de l'argent), on les utilise, on mesure leur impact. On évalue et on recommence.
Je pourrais continuer comme ça pendant des pages et des pages. Mais je pense que vous avez saisi l'idée maîtresse. Dans l'auto-édition, on est souvent seul. Mais on est libre et on va à son rythme.
On est comme des bateaux : pour naviguer, il faut un cap. Le mien, c'est La dernière aventure de Penelope, et les livres qui suivront. Je change en restant le même : j'ajoute, je ne remplace pas.
Et vous ? Quelle est la face cachée de la lune ?